Pour ceux qui connaissent bien Frantisek Janda, cette nouvelle n’est pas une surprise. Très bon tireur, il est devenu, à la fin de sa carrière sportive, un arbitre de haut niveau qui a su s’élever au rang d’arbitre de la FIE. Pendant huit ans, il a fait partie de la commission de propagande de l’escrime de la FIE, et lors du dernier congrès, il a été choisi pour en être le président, recueillant le plus grand nombre de voix parmi tous les prétendants à ce poste. Il a été de nombreuses fois observateur lors de différentes étapes de la Coupe du monde.
Il y a quatre ans, Janda a été aussi élu membre de la commission de propagande de l’escrime de la Confédération européenne d’escrime (CEE) et membre de la direction du fonds « Pour l’avenir de l’escrime », créé par Alisher Usmanov. Avec l’argent de ce fonds, il a créé un centre de préparation d’escrimeurs « Praga-Letniany » et, chaque année, il a organisé, sur la base de ce centre, pas moins deux rencontres à grande échelle pour les escrimeurs des « petits » pays d’Europe. Les athlètes d’Allemagne, d’Italie et des autres pays-leaders du monde de l’escrime venaient d’ailleurs avec plaisir à ces rencontres. Il a dirigé le comité d’organisation du championnat d’Europe 2007 junior qui a eu lieu à Prague.
Tout cela ne laisse aucun doute sur le fait que Frantisek est un homme énergique et actif. Ceci apparaît même dans sa vie habituelle, hors de l’escrime, dans laquelle il a été propriétaire d’un studio de cinéma, a créé des films publicitaires et est même devenu millionnaire (et en même temps le sponsor de l’Union tchèque d’escrime). Et il y a quelques années, il a vendu cette affaire, créée à partir de rien, pour pouvoir se consacrer entièrement à l’escrime dont il est épris depuis sa plus tendre enfance.
Janda a fait des études de diplomatie, il connaît l’allemand, le russe et l’anglais. Il a beaucoup de relations dans les organisations internationales et dans les structures de l’Union européenne, ce qui n’est pas étonnant si l’on tient compte du fait qu’il est né dans une famille de diplomates et que son frère travaille jusqu’à ce jour à l’ONU. Ce qui est plus étonnant par contre est que le 5 juillet, une semaine exactement avant le congrès de la CEE, pendant laquelle ont eu lieu les élections du président, Frantisek a fêté son 42e anniversaire seulement.
Nous nous sommes entretenus avec le premier escrimeur tchèque qui veut devenir le premier escrimeur d'Europe trois fois, et à chaque fois Frantisek a ajouté quelque chose de nouveau quand il parlait de ses projets. En fin de compte, dans cette mosaïque multicolore de petites et grandes idées qui jaillissent de son esprit, se dessine un tableau structuré et il en est ressorti cette interview.
DU ROLE ET DE LA PLACE DE LA CEE DANS L’ESCRIME MONDIALE
- Pour prétendre au poste de président de la CEE et avoir de sérieuses chances de réussite, il faut une considérable liste de qualités et de succès. Mais est-ce suffisant ? Est-ce que le fait que l'Union tchèque d'escrime, il faut le reconnaître, ne fait pas partie des plus influentes, ne risque pas de gêner votre élection ?
- Pas du tout ! Répond Frantisek avec toute la passion qui le caractérise. – Car l’escrime tchèque a trouvé sa place sur la scène mondiale dès les années 70–80. Il suffit de se souvenir de noms comme Catarina Ratzova, Jaroslav Jourka et Oldrjikh Koubichta. Mais ce n’est pas le plus important. L’appartenance à une « petite » fédération peut même m’aider à être élu au poste de président. Premièrement, c’est une garantie contre l’hégémonie d’une ou plusieurs fédérations importantes. Deuxièmement, cela servira à équilibrer les relations aussi bien entre certains pays qu’entre certains groupes de pays qui font partie de la confédération. Troisièmement, cela permettra d’atténuer avec succès les contradictions et d’accorder les intérêts particuliers. Enfin, cela donnera la possibilité de construire les rapports avec la FIE sur des bases tout à fait nouvelles, de dépasser cette épreuve de force dans laquelle, tôt ou tard, se lançaient presque tous les présidents de la CEE qui, en règle générale, représentaient les intérêts des importantes fédérations nationales.
- Pourquoi cela arrivait-il ?
- Dans cette situation, le conflit était d’une certaine mesure incontournable. Au cours des 15 dernières années, la CEE d’une manière ou d’une autre a agi contre la politique de l’ex-président de la FIE, René Roque, qui favorisait les fédérations nationales d’Amérique, d’Asie et d’Afrique au détriment des fédérations européennes. Cette politique a atteint son but : l’Europe a beaucoup perdu de ses positions. Les hautes places que les européens obtenaient régulièrement lors des plus grandes compétitions correspondaient mal au rôle insignifiant qu’ils jouaient au niveau de la prise de décision à la FIE. C’est pour cette raison que ces conflits se répétaient et la confrontation avec la FIE était à la base de la politique de presque tous les dirigeants de la CEE. Mais aujourd’hui, maintenant que le président de la Fédération internationale d’escrime est Alisher Usmanov, cette confrontation a perdu sa raison d’être.
- Qu’est-ce qui vous rend aussi sûr de vous ?
- D’abord, Usmanov lui-même a été président de la CEE il n’y a pas si longtemps et ce n’est pas par ouï-dire qu’il connaît ces problèmes et s’en souvient encore. Cela nous donne une chance unique d’établir un dialogue et de retrouver petit à petit nos positions perdues. Car Usmanov comprend qu’il lui sera plus facile d’atteindre les buts qu’il s’est fixés par le biais de l’interaction constructive plutôt que par une situation de conflit avec la CEE. D’autant plus, qu’une bonne raison à cette interaction vient d’apparaître : le programme de développement des confédérations, lancé par le président de la FIE. Cette année, 1,7 millions de francs suisses ont été assignés à sa réalisation et, en 2010, on a l’intention d’y consacrer encore près de 2,4 millions. Une partie importante de cet argent ira à la confédération européenne.
AU SUJET DU PROGRAMME DE DEVELOPPEMENT DE LA CONFEDERATION
- Est-ce que l’argent d’Usmanov va retourner la situation dans le monde de l’escrime ?
- Complètement. Avec son arrivée au poste de président, le budget de la FIE a été multiplié par dix ! Ces 50–60 millions de dollars que Usmanov a promis d’investir dans notre sport au cours des quatre années à venir doivent changer entièrement l’idée que l’on s’en fait. Si, autrefois, l’escrime était considérée comme un sport pauvre, aujourd’hui c’est une pluie d’or qui l’a arrosée.
Dans ces conditions, il est important de mettre en avant les intérêts des escrimeurs et non plus ceux d’innombrables fonctionnaires, comme c’est souvent le cas dans les organisations budgétaires. C’est en premier lieu les athlètes, les entraîneurs et les arbitres qui doivent ressentir cette augmentation des possibilités financières de l’escrime. Ils doivent tirer les armes dans des salles plus grandes et plus pratiques, vivre dans des hôtels plus confortables, recevoir des prix plus importants. Les fédérations nationales, les confédérations de zone ne sont que les instruments qui permettront d’atteindre ces buts.
- N’avez-vous pas l’impression que, dans cette structure verticale intégrée « fédération internationale – confédérations de zone – fédérations nationales », que les dirigeants de la FIE sont en train de construire, les confédérations ne jouent qu’un rôle de relais de transmission ?
- Oui, mais un relais important. Il ne peut en être autrement, conformément au programme de développement des confédérations. Car l’argent que la FIE attribue dans le cadre de ce programme est destiné en premier lieu à aider les fédérations nationales. La tâche des confédérations est de calculer au mieux leurs besoins et de distribuer les fonds accordés de manière à ce que personne ne mette en doute la justesse de ce partage.
- Quels principes fixez-vous à la base de ce processus ?
- Pour disposer équitablement de l’argent accordé, il faut tenir compte de nombreux facteurs, mais le plus important d’entre eux est le poids de la crise économique mondiale sur telle ou telle fédération ou sur tel ou tel groupe de pays.
- Et il vous faut pourtant choisir qui aider en premier lieu…
- A première vue, c’est simple : il faut d’abord aider les fédérations qui sont à la limite du krach financier. Mais ce n’est pas le cas. Pouvons-nous nous permettre d’attendre le développement catastrophique des évènements ? Bien sûr que non ! Si nous ne voulons pas voir baisser le niveau de l’escrime et désirons conserver ses multiples aspects sur le continent, il faut prendre des mesures préventives. Et donc, élaborer un programme pour tous. Je qualifierais ce programme de « programme de solidarité européenne ».
Au premier abord, cette tâche semble irréalisable au vu de la somme que la FIE pense accorder. Mais si l’on regarde le problème sous un autre angle, on peut trouver une solution rationnelle. L’idée est d’aider une grande majorité de fédérations européennes d’escrime pendant la durée de la crise mais en dirigeant l’argent vers les « points de croissance », c’est-à-dire vers les armes ou les disciplines qui, au cours de ces dernières décades, ont montré leur capacité à survivre et à se développer. En d’autres mots, il est indispensable de se mettre à la place de chaque pays en particulier et d’élaborer des programmes spéciaux d’aide, prévoyant des apports ponctuels, précisément localisés dans le temps et l’espace. Si un pays possède une arme qui marche bien, il est indispensable d’aider cette arme ; si il a une discipline assez forte, il faut soutenir cette discipline. Nous ne voulons pas perdre l’épée estonienne ? Alors il faut, pendant les dix-huit ou vingt-quatre mois à venir, aider cette branche de l’escrime en Estonie. L’avenir de l’escrime hongroise nous inquiète ? Il faut trouver un moyen de venir en aide à la fédération hongroise pendant les années les plus difficiles de la crise financière. Et ainsi de suite.
- Pour continuer votre idée : « Vous voulez conservez l’épée masculine tchèque ? Il faut aider la fédération tchèque à développer cette arme ! ». Et quoiqu’on fasse, votre fédération se retrouve parmi celles qui sont le plus dans le besoin…
- Vous voulez dire que je me présente aux élections pour garantir l'aide d'Usmanov à la Tchéquie? (Il rit). Je suis prêt à garantir aide et juste partage non seulement à la République tchèque mais à tous ceux qui en ont besoin. A condition, bien sûr, que les candidats à l’aide dans ces années « d’abondance » nous prouvent leur capacité à se développer, à grandir, au moins sur la scène européenne.
- Ne pourriez-vous pas classer selon ces critères les 44 fédérations qui entrent dans la confédération européenne d’escrime ?
- Dans le groupe de tête, un peu la « première ligue » de l’escrime européenne, je mettrais l’Italie, la France, l’Allemagne, la Russie, la Pologne et l’Ukraine. Ces pays développent toutes les armes et toutes les disciplines aussi bien chez les hommes que chez les femmes. Les tireurs qui représentent ces fédérations « occupent » les piédestaux de tous les tournois importants et ce n’est qu’en de rares occasions que les athlètes qui représentent les 37 autres fédérations européennes se joignent à eux.
Le deuxième groupe comprend les pays dans lesquels notre sport a des traditions anciennes, l’infrastructure de l’escrime est assez développée et les athlètes occupent régulièrement une haute marche sur le podium dans des rencontres importantes. Cependant, certaines disciplines sont faiblement développées dans ces pays. La Roumanie, l’Espagne, la Grande-Bretagne entrent, par exemple, dans ce groupe.
Le groupe suivant est celui de ceux qu’on appelle les « petits » pays : la Suisse, la Suède, la Tchéquie, l’Estonie, etc. Les fédérations de ces pays possèdent un système développé de préparation d’escrimeurs de haut niveau, ont obtenu certains succès sur la scène internationale, cependant, pour des raisons de traditions, financières ou simplement de par leur taille, ne se spécialisent que dans une arme.
Le quatrième groupe est formé par les fédérations qui ont obtenu de modestes succès sur la scène internationale, mais tentent de développer au moins certaines disciplines ou armes. Ce groupe comporte les pays qui ne sont qu’au début de leur voie dans l’escrime comme, par exemple, la Serbie, la Slovénie, la Lituanie, la Lettonie, et la Moldavie et d’autres plus avancés mais qui ne disposent pas de ressources matérielles et financières sérieuses : l’Islande, la Bulgarie et quelques autres encore.
Enfin, sur la plus basse marche de mon classement se trouve un groupe de quatre fédérations qui n’existent qu’à titre de fédération mais qui ne développent pratiquement pas ce sport. C’est Malte, San-Marino, Monaco et Chypre.
- Faut-il en conclure, d’après ce classement, que les pays du premier et du dernier groupe recevront de l’aide en dernier ?
- Non. Car presque toutes les fédérations ont été touchées par la crise. Des pays de la « première ligue » comme la Hongrie, la Pologne et l’Ukraine, ont su attirer les sponsors au cours des cinq à dix dernières années et n’avaient pratiquement pas besoin d’aide. Mais aujourd’hui elles aussi éprouvent de grosses difficultés financières. La crise a brouillé toutes leurs cartes.
En ce qui concerne les miniatures européennes – Malte, San Marino, Monaco et Chypre – je pense que la CEE doit stimuler le développement de l’escrime dans ces pays en organisant des stages d’entraînement, en aidant à la formation d’entraîneurs, en payant les dépenses de participation aux autres manifestations « dynamogènes ». Ces fédérations doivent se retrouver sur un pied d’égalité avec les autres membres de la famille européenne de l’escrime.
- Pour quels projets prioritaires, en dehors du « programme de solidarité européenne » doit être utilisé l’argent que la CEE va avoir à sa disposition ?
- Une certaine partie doit être destinée aux besoins de premier ordre des fédérations qui décideront elles-mêmes comment la dépenser. Une autre priorité est l’attribution de sommes appréciables aux organisateurs des plus importantes rencontres. Cet argent supplémentaire leur est nécessaire pour pouvoir transformer ces compétitions en fêtes pour les participants et le public. Une autre tâche non moins importante est la formation de primes et prix destinés à augmenter le prestige de l’escrime aux yeux des supporters. Enfin, je mettrais au nombre des priorités le programme que, par analogie avec le « programme de solidarité européenne », on pourrait nommer « le programme de solidarité olympique ». L’idée serait d’organiser le tournoi d’escrime des Jeux olympiques de 2012 mieux qu’il ne l’a été à Pékin car de là dépend le prestige de l’escrime européenne. Pendant le championnat du monde junior et cadet à Belfast, j’ai rencontré Keith Smith, le président de l’association britannique d’escrime, qui a montré beaucoup d’intérêt pour ce programme, et nous avons discuté de cette question. Ce programme pourrait prévoir, par exemple, des consultations périodiques et une aide pratique des meilleurs spécialistes européens pour tous les aspects de l’organisation du tournoi olympique. Londres n’a pas accueilli depuis longtemps de compétitions d’escrime de ce niveau et à cette échelle, c’est pourquoi l’association britannique est en droit de compter sur le soutien de la CEE.
AU SUJET DE L’APPORT DE MOYENS FINANCIERS SUPPLEMENTAIRES DANS LE BUDGET DE LA CEE
- Vous avez établi une impressionnante liste de dépenses. Mais l’argent de Usmanov pourrait ne pas suffire. N’avez-vous pas l’intention de chercher des moyens financiers supplémentaires ?
- J’y pense. Et je sais même où les trouver.
- Dites nous votre secret, comment avez-vous l’intention de remplir les caisses de la CEE.
- Ce n’est pas un secret. Il est surtout question de faire appel à l’argent de différentes organisations européennes et mondiales. Ainsi, par exemple, vingt ex-escrimeurs sont actuellement membres du parlement européen. C’est eux que je veux rencontrer en premier lieu pour obtenir leur soutien afin d’inclure dans le budget de l’Union européenne une aide financière à la Confédération européenne d’escrime. J’essaie également de faire appel à l’aide financière d’organisations régionales européennes comme le Groupe de Visegrad qui inclut la Pologne, la Tchéquie, la Slovaquie et la Hongrie et le Conseil scandinave qui unit la Suède, la Norvège, le Danemark, l’Islande et la Finlande.
En respectant certaines conditions, toutes ces structures pourraient verser des sommes assez importantes pour le développement de l’escrime, y compris pour l'organisation de différentes manifestations. Elles pourraient aller jusqu’à atteindre un million d’euros par an.
TACHE LA PLUS IMPORTANTE : ETABLIR UN RESEAU DE COMMUNICATION EFFICACE
- Quelles tâches confierez-vous au comité exécutif et aux commissions de la CEE si vous devenez président ?
- En fait, la tâche est unique : établir une interaction efficace entre les différents groupes de la communauté de l’escrime, entre la CEE et les fédérations nationales, entre la CEE et les autres confédérations de zone. Une interaction efficace suppose un système efficace de communication. C’est dans ce but que doivent être dirigés nos principaux efforts.
Par exemple, pour que les dirigeants de la CEE prennent des décisions basées sur les intérêts réels d’escrimeurs réels, nous allons créer un conseil d’entraîneurs d’équipes nationales, qui se réunira sans doute pendant les championnats du continent. J’aimerais que ce soit le meilleur sabreur contemporain, l’actuel entraîneur de l’équipe de Russie, Stanislav Pozdniakov, qui le dirige. Car personne ne connaît mieux les problèmes de notre sport et n’y est confronté de plus près que les entraîneurs nationaux. C’est d’eux que j’attends les meilleures propositions concernant l’amélioration de la situation générale de l’escrime européenne, les modifications à apporter aux règles, l’optimisation du calendrier des compétitions internationales. Car on ne doit pas accepter que les athlètes et leurs entraîneurs passent leur temps, toute l’année, à voyager dans le monde entier, avec de longs vols de continent à continent ! En fait, les propositions d’amélioration du calendrier sont plus que suffisantes mais elles souffrent toutes d’un manque de compréhension des principes d’organisation de l’entraînement. Et c’est là que le conseil des meilleurs entraîneurs doit être utile.
Il sera intéressant pour la direction de la CEE d’écouter l’avis du conseil et d’apprendre les nouveautés techniques. Je suis sûr que si un tel conseil avait existé au niveau de la fédération internationale, elle n’aurait pas pris la décision absurde d’obliger les fleurettistes à utiliser une mentonnière électrifiée qui augmente le prix de l’équipement des athlètes et diminue leur sécurité. Cet exemple illustre bien un autre problème encore. C’est que de telles décisions ne doivent en aucune façon être influencées par les lobbyistes qui fabriquent l’équipement et le matériel pour l’escrime. Toutes les décisions doivent être étudiées par les experts du conseil des entraîneurs ainsi que par les meilleurs escrimeurs et leurs entraîneurs car ce sont eux qui sont le plus capables d’évaluer l’influence d’une nouveauté technique sur le développement de notre sport. Et le plus important : ce ne sont pas les athlètes qui doivent exister pour la prospérité des fabricants mais les fabricants pour le bien des athlètes.
De la même manière, il convient de mettre de l’ordre dans les relations entre les athlètes, les entraîneurs et les arbitres. Ce ne sont pas les athlètes qui servent aux arbitres mais les arbitres aux athlètes : c’est cela que nous devons obtenir. Aujourd’hui il existe un véritable gouffre entre le monde des escrimeurs et celui des arbitres et il faut effectuer de sérieuses transformations pour le supprimer.
Avant tout, j’ai l’intention de présenter un projet de réforme du système d’arbitrage des championnats du monde, des championnats du monde junior et cadet et des championnats d’Europe. Les arbitres doivent pouvoir travailler lors de ces championnats dans des conditions plus confortables : ils doivent arbitrer moins et se reposer plus car vers le milieu des compétitions par équipes, ils sont déjà très fatigués. Cela signifie donc qu’il faut augmenter la quantité d’arbitres pour ce genre de tournois. Il est aussi important de ne pas laisser arbitrer des arbitres débutants sans expérience lors de compétitions de ce niveau ; avant de commencer à arbitrer des tournois importants, ils doivent faire leurs preuves lors de compétitions d’un niveau inférieur. Les athlètes et leurs entraîneurs ont le droit de connaître à l’avance qui va arbitrer telle ou telle épreuve et qui sera l’arbitre à l’écran. Il faut abandonner cette habitude qui consiste à nommer les arbitres juste avant les championnats du monde et d’Europe et ratifier la liste des arbitres pour ces compétitions avant le début de la saison. Cela permettra de vérifier leur niveau de compétence pendant les tournois de moindre importance et aussi d’en tirer les conclusions nécessaires. Par exemple, éliminer certains d’entre eux de la liste préliminaire ou leur proposer d’élever leur niveau de qualification. Je souligne encore une fois : les escrimeurs et leurs entraîneurs doivent être sûrs que l’association des arbitres ne laissera pas d’arbitres non qualifiés participer aux plus grands moments de la saison. Il faut gagner le droit d’arbitrer de telles compétitions.
Deuxièmement, tout le système de formation des arbitres doit être amélioré. Il faut changer l’organisation des stages d’arbitrage de façon à ce qu’ils ne comportent plus que des cours théoriques sur fond d’enregistrement mais aussi des cours pratiques réels. Comme la majorité des escrimeurs de haut niveau et des arbitres qualifiés vivent en Europe, il serait utile à toute la communauté de l’escrime que les arbitres des autres confédérations de zone fassent leurs stages sur notre continent. Ces stages peuvent être organisés, par exemple, avant le début des championnats d’Europe afin que les meilleurs éléments puissent ensuite arbitrer ce tournoi.
Nous devons étudier en détail tous ces problèmes et attribuer les fonds nécessaires à leur résolution. La tâche est de faire en sorte que les arbitres atteignent un plus haut niveau de professionnalisme et de qualification. Ce n’est qu’à cette condition que les athlètes feront confiance aux arbitres.
- Passons aux relations entre la direction de la CEE et les fédérations nationales.
- Ici, il ne faut pas inventer le fil à couper le beurre. La confédération européenne doit être un médiateur, un intermédiaire, un coordinateur, par rapport aux fédérations nationales. Mais pour tenir ce rôle efficacement, notre nouvelle direction doit tenter d’établir des relations de confiance avec les directions des fédérations nationales. A cette seule condition les canaux de communication existants nous transmettront sans retard et sans déformation toute l’information concernant les problèmes des différents groupes de la communauté européenne de l’escrime.
- Que voulez-vous dire quand vous parlez d’interaction avec les présidents des autres confédérations de zone ?
- Il s’agit de rencontres à deux ou plus, consacrées à l’étude de questions importantes à l’ordre du jour de l’escrime. Par exemple, il est depuis longtemps nécessaire de soulever le problème des coefficients des championnats de zone qui comptent pour la Coupe du monde et ont une influence importante sur les résultats des athlètes et des équipes nationales par armes. Est-il juste qu’une victoire aux championnats d’Europe auxquels participent 200 athlètes de 33 pays donne autant de points qu’une victoire aux championnats d’Afrique auxquels participent 45 escrimeurs de 9 pays ? Non, c’est injuste ! Il faut en finir avec cette tradition impropre. De même, les avantages accordés à des pays tels que la Chine, la Corée du sud, le Japon, le Kazakhstan, les USA et le Canada, qui, on ne sait pourquoi, sont jusqu’à aujourd’hui considérés comme des pays « en voie de développement » et ont le droit à un handicap et ceci non seulement pendant les éliminations pour les Jeux olympiques. Je suis convaincu que le temps est venu de changer radicalement cette vieille idée du monde de l’escrime divisé en deux parties : développée et en voie de développement. La frontière entre ces mondes ne passe pas le long des frontières extérieures de l’Europe ! De plus, la situation a changé depuis longtemps mais la précédente direction de la FIE n’a pas réagi à ces changements.
On pourrait citer une quantité énorme d’exemples encore mais le principe est clair. Et bien que toutes ces questions relèvent de la compétence de la FIE, les présidents des fédérations pourraient, sans attendre le verdict de la fédération internationale et en se basant sur le principe du « fair play », organiser une rencontre et tenter de trouver une solution commune. Le comité exécutif de la FIE n’aurait plus qu’à la ratifier pour en faire une « loi » de l’escrime.
Je dois émettre une réserve importante. J’aimerais attirer votre attention sur le fait qu'en tant que président de la CEE, j’essaierai d’arriver à un consensus entre les membres de notre organisation pour toutes les questions essentielles pour, dans mes contacts avec le « monde extérieur », pouvoir parler au nom de toute l’Europe. Je tiens à ce qu’il en soit ainsi et pas autrement ! En qualité de président de la CEE, je ferai mon possible pour parler au nom des 44 fédérations nationales européennes et non pas seulement en mon nom propre ou en celui d’un groupe de pays dominants dans la fédération. Je suis certain que nous ne pourrons atteindre les buts que nous nous sommes fixés que si nous agissons en commun.
AU SUJET DE LA REPARTITION DES ROLES ENTRE LES ORGANES DIRIGEANTS DE LA CEE
- Pour avoir une vision complète de votre programme, il ne manque que la réponse à une question importante. Comment voyez-vous la répartition des rôles entre les organes dirigeants de la CEE ? Seulement, il ne faut pas se cacher derrière les formules tirées des statuts de la CEE…
- D’accord, je vais essayer de faire sans terminologie juridique. L’élaboration de stratégies et l’organisation du travail pour les réaliser entrent dans les compétences du président. Nous en sommes arrivés à la conclusion que l’escrime mondiale a un besoin vital de réformes, mais qui doit être le leader de ces réformes ? Il est évident que c’est l’Europe, le continent qui organise près de 80 % de toutes les compétitions de haut niveau, le continent dont les représentants remportent plus de 75 % des médailles aux championnats du monde et aux Jeux olympiques. Voilà pourquoi le président et les membres nouvellement élus du comité exécutif de la confédération sont tout simplement obligés d’organiser au plus vite une discussion sur les voies et moyens de réformer l’escrime mondiale. A la suite de quoi, il faudra clairement formuler les propositions de développement de notre sport et les soumettre à l’étude de la FIE. De plus, il faut organiser tout cela de façon à ce que les résultats reflètent au mieux un consensus entre un nombre maximal d’avis et soient parfaitement exposés juridiquement parlant. Cela concerne aussi les propositions d’amendement des règles de compétition qui seront étudiées au congrès de novembre de la FIE à Palerme.
Cependant, tout ce qui vient d’être dit ne signifie pas que le comité exécutif de la confédération doit être un « conseil des sages » avec un président, ce qui est le cas actuellement. Cela doit être un véritable organe de travail. Car dans les termes « comité exécutif », il y a le mot « exécutif » et pas un autre ! Et donc les membres de ce comité ne doivent pas seulement s’occuper de préparation et de prise de décisions mais aussi de leur mise en application. C’est pourquoi il doit être composé de membres qui disposent de temps libre afin de pouvoir remplir les fonctions de directeurs de projets en tous genres ou, au moins, de coordinateurs. Parmi les escrimeurs européens, ils sont nombreux à répondre à ces critères, y compris des personnes assez jeunes. Voici un bon exemple : la fédération hongroise où l’on met en avant depuis longtemps les athlètes célèbres qui viennent de quitter le sport pour leur offrir des postes à responsabilités à la FIE et la CEE.
En ce qui concerne les commissions, là c’est très simple : ce sont des organes fonctionnels qui doivent préparer des recommandations pour le président et le comité exécutif sur des questions de leurs compétences.
En outre, pour un travail normal, bien organisé, il me faudra un petit secrétariat qui pourra se trouver à Prague.
AU SUJET DU SITE INTERNET, DE LA BIBLIOTHEQUE, DU SERVICE DE PRESSE ET DU MUSEE DE L’ESCRIME
- Quelles nouveautés attendent encore la confédération européenne dans le cas de votre élection au poste de président ?
- Je n’imagine pas le travail de la confédération sans un site Internet original, haut en couleurs, débordant d’informations diverses. Le nouveau site de la CEE répond à ces critères. Dès les élections terminées, il faudra lui conférer un statut officiel et fermer l’ancien.
Avec l’apparition d’un site sérieux, apparaît la question de le remplir d’un contenu sérieux. Un seul attaché de presse ou un seul spécialiste du web ne pourrait en venir à bout, c’est pourquoi il est indispensable de créer au sein de la confédération un service de presse chargé aussi de la rédaction du site.
J’ai aussi l’intention de commander une traduction qualifiée des statuts de la FIE et de la CEE et des règles de compétitions dans la majorité des langues européennes et, dans l’avenir, dans toutes les langues des pays membres de la confédération. Il faudra placer ces traductions sur le nouveau site de la CEE pour que les représentants des pays membres de la confédération puissent faire usage à n’importe quel moment de ces importants documents dans leur langue maternelle. Cela simplifiera les relations entre eux.
Je projette aussi la création d’une bibliothèque de l’escrime, traditionnelle et électronique. Il faut collecter pour la bibliothèque traditionnelle les livres, manuels, brochures et prospectus sur l’escrime qui ont été publiés en Europe au cours des dernières 50-60 années. Il serait remarquable de pouvoir trouver des éditions encore plus anciennes. La bibliothèque électronique conservera des copies de ces éditions ainsi que les procès-verbaux des compétitions importantes, organisées sous l’égide de la CEE. Après la création de la bibliothèque, il faudra songer à celle d’un musée de l’escrime.
AU SUJET DE LA COMMISSION DE PROPAGANDE DE LA FIE
- Pourrez-vous cumuler la direction de la CEE avec celle de la commission de propagande de la FIE ?
- Oui. J’ai fait tout mon possible pour entrer dans cette commission et le poste de président est très important pour moi. Car la propagande, ou il serait mieux de dire la popularisation, de l’escrime annoncée par Alisher Usmanov est l’une des tâches essentielles de la FIE. En huit ans de travail dans ces commissions, beaucoup d’idées non réalisées se sont accumulées. Et maintenant, avec l’arrivée de monsieur Usmanov au poste de président de la FIE, apparaît une chance de pouvoir les matérialiser.
- Et pour ne pas parler en vain, donnez-nous deux ou trois exemples concrets de mesures pour la propagande de l’escrime que vous considérez comme particulièrement importantes ?
- Premièrement, je pense que les compétitions d’escrime ne doivent pas être seulement des compétitions mais aussi des évènements de la vie culturelle de chaque pays concerné. Il faut les embellir car l’escrime n’est pas seulement un sport mais la synthèse du sport et de l’art. Par exemple, il faut créer un nouveau design des masques transparents.
Deuxièmement, l’escrime doit devenir l’élément d’un style de vie. Pour atteindre ce but, l’escrime des vétérans pourrait aider, son rôle dans la popularisation de la « grande » escrime n’est pas estimé à sa juste valeur. Pour que les rencontres de vétérans attirent l’attention des supporters et des journalistes, il faut que le maximum de vainqueurs et de médaillés des championnats du monde et des Jeux olympiques y participent.
Troisièmement, j’insisterai pour que l’on organise des reportages en direct des six plus grandes rencontres d’escrime : les championnats d’Europe et du monde, les championnats du monde cadet et junior, le championnat d’Europe junior et des deux étapes les plus marquantes de la Coupe du monde. En outre, il nous faut trouver les moyens de financer une émission de 15 minutes, un « Journal de l’escrime », sur la chaîne Eurosport. Et tant pis si cela coûte cher, de toute façon, on n’a pas le choix.
- Et ne serait-il pas mieux d’abord de mettre tout en oeuvre pour atteindre des buts plus accessibles ? Par exemple, de modifier les règles et types de compétitions, d’élaborer et adopter un calendrier plus logique, d’organiser un concours auprès des chaînes de télévision pour expliquer comment il convient de montrer l’escrime… Sinon les émissions et les reportages dont vous venez de parler pourraient s’avérer être des dépenses inutiles.
- Pour élargir le nombre de spectateurs et augmenter le nombre de sponsors, il faut absolument montrer l’escrime à la télé. C’est le seul moyen d’ « apprivoiser » le public, les sponsors et les diffuseurs de publicité. Avant l’automne 2007, la télévision tchèque n’avait jamais montré de compétitions d’escrime. Cela a eu lieu pour la première fois pendant les championnats d’Europe 2007 junior qui ont eu lieu à Prague. Notre télévision a dû apprendre sur le tas à montrer de l’escrime et, en fin de compte, cela a plu à tout le monde, y compris ceux qui étaient réticents.
- Il n’y a pas si longtemps de cela, le monde de l’escrime a appris l’existence de la promotion médiatique de notre sport, préparée par vos soins, en commun avec le secrétaire général de la FIE, Maxim Paramonov. Quel a été votre apport personnel à ce programme ?
- C’est entièrement le résultat d’un travail commun. En fait, l’appellation « programme Paramonov-Janda » est bien trop sonore pour ce document qui ne comporte rien de plus qu’un choix d’habituelles techniques des relations publiques que l’on a ignorées à l’époque de René Roque ou auxquelles on a accordé peu d’attention.
QUESTIONS RAPIDES
- Pour finir: deux questions rapides. Quel aphorisme issu de l’escrime vous a aidé dans votre vie quotidienne ?
- Pour vaincre, il faut toucher le premier (il rit).
- Essayer de nous donner une formule brève de votre « credo présidentiel ».
- Tout pour les escrimeurs, tout pour l’escrime !
* * *
Il reste à ajouter que Frantisek Janda est l’unique candidat au poste de président de la CEE. Depuis la déposition de sa candidature au poste de président de la CEE, quatre mois ont passé et aucun des escrimeurs européens ne s’est décidé à relever le défi. En fait, il n’y a rien d’étonnant à cela. N’est-il pas évident que le président de l’Union tchèque d’escrime est prêt au combat ?
AVIS
Armen GRIGORIAN, président de la Fédération d’escrime d’Arménie, ministre des sports d’Arménie :
- Frantisek Janda est un de ceux à avoir le plus activement soutenu les efforts d’Alisher Usmanov pour transformer la CEE en un réel outil de développement de l’escrime sur notre continent. C’est un bon choix pour l’escrime européenne. Je pense qu’il faut soutenir la candidature de Janda. En fait, il serait juste que le président de la FIE propose ses candidats aux postes de présidents des confédérations de zone. Car c’est avec eux qu’il devra mener à bien la réalisation de son programme de développement de l’escrime sur tous les continents.